CRITIQUES EN HERBE

 

Le journal des publics scolaires du Festival Théâtral du Val d’Oise

  • C’est un espace de parole libre où les collégiens encadrés par un journaliste spécialisé, peuvent témoigner de leurs expériences de spectateur, de leurs questionnements plus large sur le monde. Ce journal devient interactif grâce à l’acquisition de tablettes numériques.

Pour cette cinquième édition, une classe du collège Saint-Exupéry de Villiers-le-Bel bénéficieront de tablettes numériques interactif. le lycée Nadia et Fernand Léger d’Argenteuil, le lycée Romain-Rolland de Goussainville, le lycée Louis Armand d’Eaubonne, le collège Montaigne de Goussainville seront également de l’aventure.

Le Blog et le journal sont des espaces de parole libre où les élèves peuvent témoigner de leurs expériences de spectateur, de leurs rencontres avec les artistes et de leurs questionnement plus large sur le monde. Le journaliste Christophe Candoni de Toutelaculture.com accompagnera ces jeunes apprentis reporters.

Avec le soutien de la Fondation HSBC pour l’Éducation, la D.S.D.E.N 95, Arcadi, le Rectorat de Versailles…

Critiques en Herbes – Les Optimistes (Lycée Louis Armand Aragon – Eaubonne)

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Dans le cadre du projet « Critiques en herbe » proposé par le Festival Théâtral du Val d’Oise, plusieurs classes de collégiens et lycées du département ont été invitées à assister à des représentations de théâtre et produire à la suite des articles permettant d’exprimer et communiquer leurs analyses et leurs ressentis sur les spectacles. Effectué à l’occasion d’ateliers en classe animés par Christophe Candoni, journaliste culturel et Christiane Oillic, chargée des actions culturelles du Festival ainsi que les professeurs, ce travail témoigne d’une réelle curiosité des jeunes élèves, d’un travail riche et sensible autour de l’appréhension et la compréhension des écritures contemporaines performatives et interdisciplinaires du spectacle vivant. Ils manifestent également leur capacité à développer une pensée critique justifiée, enfin, à se positionner et s’interroger sur l’état du monde vu par le prisme du théâtre.

  • Mise en scène par Laurent Houda Hussein et Ido Shaked, la pièce « Les optimistes » écrite et interprétée par le Théâtre Majâz a été présentée le vendredi 4 novembre 2016 à Eaubonne en ouverture du 34è Festival Théâtral du Val d’Oise.

Découvrez les articles de la classe de 1ère L du lycée Louis Armand d’Eaubonne – Enseignante : Laurence Durupt

Comédiens sans frontières

« Les Optimistes » est une pièce de théâtre qui mélange réalité et fiction et se joue en toute intimité avec une maison comme décor principal, maison sans murs qui renferme pourtant une multitude d’histoires. Les acteurs interprètent des rôles divers et variés avec une aisance incroyable mêlant différents temps, différentes langues et différentes cultures. Les metteurs en scène Lauren Houda Hussein et Ido Shaked ont réussi, avec brio, à créer une atmosphère à la fois mystérieuse et drôle grâce à la superposition des époques. La scène de l’Orange Bleue s’est transformée en un endroit ouvert que nous avons beaucoup apprécié. Nous avons été touchés par les nombreuses rivalités effacées qui ont pour but d’offrir un monde meilleur aux personnes victimes de la guerre. Les comédiens ne quittaient jamais la scène. Ils changeaient de costumes ou de personnages au regard de tous et nous avons trouvé cela très agréable. Nous avons particulièrement aimé la scène d’interaction entre le passé et le présent matérialisée par la présence originale sur scène d’un iPad et d’un écran vidéo. La dernière scène de la pièce était très émouvante car les résidants, Beno et ses amis, se sont fait arrêter alors qu’ils se battaient pour une idée qu’ils pensaient juste. Laissez-vous surprendre comme nous l’avons été par ces personnages qui brisent le quatrième mur !

Paul Cattelain, Coline Treuil, Léa Litzenburger

 

La pièce de théâtre a inhabituellement pour sujet la réalité. Elle permet la découverte des blessures et des traces laissées après l’expulsion des palestiniens suite à la proclamation de la Guerre. Les metteurs en scène Lauren Houda Hussein et Ido Shaked ont su porter par l’humour ainsi que par la sensibilité une histoire engagée. Les éléments de décor qui montrent la vie mais aussi l’abandon sont riches de symboles. Cependant, certains passages paraissent un peu longs. Néanmoins, le spectacle reste vrai, authentique, captivant et familier.

Pour nous, le meilleur moment reste la joie qu’éprouvent les personnages principaux lorsqu’ils réalisent une vidéo censée donner envie aux expulsés de revenir dans la terre qui leur est désormais lointaine: Jaffa.

Yousra et Sarah

 

La troupe multiculturelle du théâtre Majaz nous gratifie d’une représentation émouvante et comique qui retrace au travers du temps et des souvenirs, les conséquences du conflit israélo-palestinien.

Beno, un juif ayant fuit l’horreur de la déportation, se retrouve en 1949 en Israël dans une maison ayant appartenu à des palestiniens expulsés. Au début de la pièce, son petit-fils, nommé Samuel se rend en Israël pour vendre la maison de son grand-père. Cette maison est située au centre de la scène: C’est le point de rencontre de tous les personnages. Elle sert aussi bien de maison que d’horloge, puisque les comédiens font tourner l’armature du bâtiment dans le sens des aiguilles d’une montre pour symboliser le temps qui passe. La maison ne possède aucun mur ni aucun toit: L’absence de murs fait penser poétiquement à une absence de frontière, comme si la maison était accessible à tout le monde.

Nous avons beaucoup aimé cette pièce de théâtre, car l’histoire qui fait se rencontrer des juifs et des palestiniens nous a semblé à la fois captivante, pleine de messages et d’espoirs (d’où son nom « Les Optimistes »). C’est une représentation mélancolique mais aussi parfois amusante. On pense, par exemple au moment où les différents personnages envoient des lettres composées de fausses informations, pour raviver la flamme d’un espoir perdu chez les réfugiés palestiniens.

Nous avons préféré la scène finale où les résistants se font arrêter par la police à cause de leur journal clandestin. Durant le procès qui suit, les accusés prennent la parole chacun leur tour; leur discours donne l’impression que les rôles dans ce procès sont inversés, ce ne sont plus les résistants qui sont jugés mais l’Etat.

Le discours de Beno nous a particulièrement touché : « Je sais maintenant à quel peuple j’appartiens. J’appartiens au peuple des réfugiés. Nous n’avons pas de langue, pas de religion, pas de couleur. Nous sommes le peuple des lettres, des photos, des films. Nous, nous portons nos maisons sur le dos. »

Lucas Serre et Adrien Gilloz

 

La pièce aborde un sujet sensible en jouant à la fois la carte de l’humour et du drame. La scène est principalement occupée par une structure de bois représentant une maison sans murs. Autour, des meubles anciens, des chaises, des vêtements s’entreposent sur les extrémités de la scène. Dans cette maison, le passé et le présent vont cohabiter habilement tout au long de la pièce. La disposition du décor fait disparaître la frontière entre les coulisses et la scène. En effet, les acteurs se changent sur scène et ne sortent jamais de l’action, ce qui donne une impression de continuité. La frontière des langues est elle aussi brisée car les artistes parlent plusieurs langues sur scène, le français, l’anglais, l’arabe et l’hébreu qui sont surtitrés en français. Ce qui nous permet de comprendre tout en entendant ce mélange de langues et de cultures enrichissant. Les costumes choisis facilitent la compréhension de la superposition du passé et du présent pour le spectateur. En effet, les acteurs qui jouent le passé sont habillés avec des vêtements des années 50, tandis que ceux qui jouent le présent portent des vêtements contemporains et utilisent un vocabulaire moderne. Les interventions documentaires des acteurs nous apportent des informations qui portent sur les lois et le mesures de la guerre. Ces interventions sont utiles et nous laissent entrevoir les longues recherches effectuées pour la réalisation collective de cette pièce. On remarque l’utilisation d’objets numériques tels que l’iPad utilisé par Samuel pour parler à sa grand-mère. Cette scène est à la fois drôle, car la grand-mère est confrontée à un objet dont elle ne sait pas se servir, et émouvante car elle revoit la maison dans laquelle elle a dû quitter son mari. Dans cette scène, le Stabat Mater de Pergolèse comme support musical est utilisé pour renforcer ce sentiment émouvant. Ce spectacle est une réussite grâce à une mise en scène intelligente et de recherches approfondies sur son sujet.

Oriane Fontenaille, Karim Mathilde, Alice Turroc

 

J’ai beaucoup aimé cette pièce car elle comporte des parties comiques mais aussi des moments mélancoliques. Ce mélange lui confère une certaine originalité. Je me souviens, par exemple, de la scène où Samuel, devant la maison de son grand-père rencontre l’agent immobilier qui va l’aider pour vendre la maison. Ce dernier lui vante les mérites de la région qui est quand même une zone de guerre aujourd’hui encore. Ce personnage passe du français à l’anglais à l’hébreu puis à l’arabe ce qui donne un air comique à la scène. D’ailleurs, on parle un nombre important de langues sur le plateau.

J’ai également apprécié la scène où Samuel appelle sa grand-mère via Skype pour lui montrer la maison. On voit alors son visage douloureux s‘afficher en gros plan sur écran vidéo .Cette scène est comique au début parce que la femme âgée n’arrive pas à faire fonctionner sa caméra puis devient mélancolique lorsque elle ne supporte pas de revoir la maison et demande à son petit-fils de raccrocher.

Un autre passage émouvant fut celui où une jeune fille demande à Benno son aide car elle a été séparée de son frère. Elle a besoin de lui pour passer une sorte d’avis de recherche afin de l’aider à retrouver son frère. Il prend progressivement conscience de la vie des personnes qui habitaient avant lui dans cette maison et des conséquences de la guerre et de l’exil au Liban.

Elisa Fischer

 

Samuel, un jeune français, se rend en Israël afin de vendre la maison de son grand père Beno. Il va se lancer dans la découverte de ses origines multiculturelles à travers la lecture de lettres, seules traces du combat livré par son aïeul. La pièce présente malgré la gravité évidente du sujet abordé (conflit israélo-palestinien) plusieurs touches de légèreté grâce aux ruptures de rythmes, aux choix judicieux de musique. Les acteurs touchent par la simplicité de leur jeu. Qui sont les optimistes ? Ils sont anonymes et résistants de tous les jours, représentants de l’héroïsme ordinaire retranscrit dans un contexte d’après-guerre visible par les costumes notamment de Leila (amante de Taha et amie de Beno). Leurs bonnes intentions utilisées à des fins louables ont cependant des conséquences discutables.

Thomas Mongodin, Margaux Minier Mahé, Louise Panaye

 

Au-delà de quelques longueurs et incompréhensions comme par exemple le monologue du Père Boutros ou encore la coexistence de deux temporalités, cette pièce authentique et originale montre la situation de la ville de Jaffa durant le conflit israélo-palestinien. Son décor atypique représente une maison dont il ne reste que l’ossature. En effet, ses quatre piliers ouverts à tous les vents se présentent comme un lieu de passage qui tend à supprimer les frontières qu’elles soient linguistiques, temporelles, géographiques ou encore identitaires. L’implication politique des résistants s’avère très intéressante en raison du contexte actuel où la situation conflictuelle entre ces deux pays persiste mais également au vu des flux migratoires que connait le monde aujourd’hui. Par ailleurs, l’intégration de bande-son et de vidéos permettent de maintenir l’intérêt du spectateur. Le travestissement et le double rôle de certains comédiens amènent quelques malentendus. Mais le message délivré est d’une belle universalité.

Janis Bayallal, Rosie Ngoy, Lou-Ana Nunes

 

Le décor est intéressant car il nous présente une maison sans mur. En effet, les personnages entrent et sortent comme ils le veulent. Pour accentuer cette idée de frontière inexistante, les changements de décors ainsi que de costumes se font à la vue de tous. Un sentiment de proximité entre le public et les acteurs s’installe ainsi, ce qui nous a beaucoup plu.

Pour nous éclairer sur le contexte politique et historique, les comédiens sortent de leurs rôles et mettent « en pause » la pièce afin de nous délivrer des indications.

Cependant, nous avons trouvé la représentation un peu longue en raison du grand nombre de langues étrangères parlées sur le plateau. De notre point de vue, il était parfois compliqué de suivre le déroulement de l’intrigue, surtout pendant 2h10 sans entracte.

Nous tenons tout particulièrement à féliciter les comédiens pour leur incroyable jeu d’acteur.

Ilona Morillon, Yasmine Boufertella, Anthéa Roger

 

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Critiques en Herbes – Les Optimistes (Collège Saint-Exupéry de Villiers-le-Bel)

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Dans le cadre du projet « Critiques en herbe » proposé par le Festival Théâtral du Val d’Oise, plusieurs classes de collégiens et lycées du département ont été invitées à assister à des représentations de théâtre et produire à la suite des articles permettant d’exprimer et communiquer leurs analyses et leurs ressentis sur les spectacles. Effectué à l’occasion d’ateliers en classe animés par Christophe Candoni, journaliste culturel et Christiane Oillic, chargée des actions culturelles du Festival ainsi que les professeurs, ce travail témoigne d’une réelle curiosité des jeunes élèves, d’un travail riche et sensible autour de l’appréhension et la compréhension des écritures contemporaines performatives et interdisciplinaires du spectacle vivant. Ils manifestent également leur capacité à développer une pensée critique justifiée, enfin, à se positionner et s’interroger sur l’état du monde vu par le prisme du théâtre.

  • Mise en scène par Laurent Houda Hussein et Ido Shaked, la pièce « Les optimistes » écrite et interprétée par le Théâtre Majâz a été présentée le vendredi 4 novembre 2016 à Eaubonne en ouverture du 34è Festival Théâtral du Val d’Oise.

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Découvrez l’article de la classe de 3e du Collège Saint-Exupéry de Villiers-le-Bel – Enseignante : Johanne Rastel

 

Un voyage optimiste en Palestine

C’est l’histoire d’un prénommé Samuel qui va en Israël, dans la ville de Jaffa, pour vendre l’ancienne maison de son grand-père qu’il ne connaît pas et qui vient de mourir. C’est là-bas qu’il va découvrir le passé de sa famille…

Dans la pièce, des acteurs d’origines différentes parlent plusieurs langues : l’hébreu, l’arabe, le français et l’anglais. Le spectacle est surtitré et il est parfois difficile de lire le texte tout en suivant ce qu’il se passe en même temps sur scène. Un écran est placé en hauteur de la scène, sur le toit de la grande maison qui sert de décor. Celle-ci se présente d’abord comme laissée à l’abandon et remplie de vieux cartons empilés. Elle tourne sur elle-même et son mouvement évoque le temps qui passe car la pièce fait cohabiter le passé et le présent dans ce même espace. Il manque un toit et des murs à la maison dont n ne voit que la structure tandis qu’on imagine (grâce au jeu des acteurs) les portes et les fenêtres qui donnent sur l’extérieur. Le fait qu’elle soit transparente permet de voir ce qui se passe à l’intérieur. On comprend dans son dépouillement que son âme est perdue à cause de l’absence de ses propriétaires et l’arrivée des nouveaux habitants qui ont pris leur place.

Les comédiens ont réussi à la fois à nous faire rire et nous émouvoir en évoquant les conflits entre frères ennemis israélo-palestiniens mais aussi des conflits intimes comme la séparation de Beno et sa femme. Lorsque Samuel montre par le biais de Skype à sa grand-mère son ancienne maison à Jaffa, il pense que cela la rendra heureuse. Mais c’est le sentiment inverse qu’elle manifeste : elle n’est pas contente de replonger dans les souvenirs de sa vie passée. Le moment le plus bouleversant est à la fin, quand tous les personnages sont arrêtés et assis les mains ligotées. Ils parlent, chacun leur tour, avant de se faire exécuter. Parmi les moments drôles, il y a la récitation de Karim qui se trompe dans sa leçon de conjugaison française. Le personnage qui sort de l’imprimante était comique aussi. Son apparition déclenche un grand mouvement de résistance.

Les personnages écrivent d’abord des lettres adressées aux réfugiés des pays voisins puis décident de monter un journal clandestin dont la rédaction est aménagée dans le salon de la maison. Ils filment aussi des petites vidéos. A travers ces médias, ils communiquent de manière illégale avec les réfugiés et leur envoient de « fausses » bonnes nouvelles de la situation du pays en parlant des choses détruites comme si elles existaient encore (par exemple l’oranger).

Le mensonge que commettent Beno et ses amis est-il une bonne chose ? Oui, car il peut redonner de l’espoir aux réfugiés malheureux d’avoir dû quitter leur pays et se réfugier au Liban mais heureux de recevoir des nouvelles de leur maison et de leurs terres. En revanche, cette initiative pourrait aussi susciter une grosse déception s’ils apprenaient la réalité, ils pourraient se sentir trahis par des personnes en qui ils avaient confiance.

La pièce Les Optimistes porte bien son titre car, dans un contexte de conflit politique entre la Palestine et Israël, elle réunit des comédiens d’origines, de langues, de cultures, de religions différentes. C’est un très beau symbole de fraternité qui sensibilise le public amené à voir autrement le monde et la vie ensemble.